L’histoire est la construction d’un savoir, visant à établir des faits passés, et ensuite à les expliquer dans un récit cohérent.

« L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant. L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui. L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas. L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives - notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 - ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique. »   
  
« Liberté pour l’histoire » Pétition (12 décembre 2005) Myriam Bienenstock  
  
« L’Histoire se fait avec des documents. Les documents sont les traces qu’ont laissées les pensées et les actes des hommes d’autrefois. Parmi les pensées et les actes des hommes, il en est très peu qui laissent des traces visibles, et ces traces, lorsqu’il s’en produit, sont rarement durables : il suffit d’un accident pour les effacer. Or, toute pensée et tout acte qui n’a pas laissé de traces, directes ou indirectes, ou dont les traces visibles ont disparu, est perdu pour l’histoire : c’est comme s’il n’avait jamais existé… (…) Faute de documents, l’histoire d’immenses périodes du passé de l’humanité est à jamais inconnaissable. Car rien ne supplée aux documents : pas de document, pas d’histoire. »



 Le rôle de l’historien méthodique est clair : contribuer à établir la vérité. 
 Ce travail possède des limites : 
- Ses sources sont limitées et ne reflètent pas la totalité du passé
- Elle travaille à partir d’une représentation des faits, non des faits eux-mêmes
- Elle ne peut recourir à l’expérience

« On peut […] tracer le plan de la construction historique, de façon à déterminer la série des opérations synthétiques nécessaires pour élever l’édifice. L’analyse critique des documents a fourni les matériaux, ce sont les faits historiques encore épars. On commence par les imaginer sur le modèle des faits actuels qu’on suppose analogues ; on tâche, en combinant des fragments pris à divers endroits de la réalité, d’atteindre l’image la plus semblable à celle qu’aurait donnée l’observation directe du fait passé. C’est la première opération, indissolublement liée en fait à la lecture des documents […] 
Les faits ainsi imaginés, on les groupe dans des cadres imaginés sur le modèle d’un ensemble observé dans la réalité qu’on suppose analogue à ce qu’a dû être l’ensemble passé. C’est la seconde opération ; elle se fait au moyen d’un questionnaire, et aboutit à découper dans la masse des faits historiques des morceaux de même nature qu’on groupe ensuite entre eux jusqu’à ce que toute l’histoire du passé soit classée dans un cadre universel. 
Quand on a rangé dans ce cadre les faits extraits des documents, il y reste des lacunes […]. On essaie d’en combler quelques-unes par des raisonnements à partir des faits connus. C’est […] la troisième opération […]. 
On n’a encore qu’une masse de faits juxtaposés dans des cadres. Il faut les condenser en formules pour essayer d’en dégager les caractères généraux et les rapports. C’est la quatrième opération ; elle conduit aux conclusions dernières de l’histoire et couronne la construction historique au point de vue scientifique ».

« On peut […] tracer le plan de la construction historique, de façon à déterminer la série des opérations synthétiques nécessaires pour élever l’édifice. L’analyse critique des documents a fourni les matériaux, ce sont les faits historiques encore épars. On commence par les imaginer sur le modèle des faits actuels qu’on suppose analogues ; on tâche, en combinant des fragments pris à divers endroits de la réalité, d’atteindre l’image la plus semblable à celle qu’aurait donnée l’observation directe du fait passé. C’est la première opération, indissolublement liée en fait à la lecture des documents […] 
Les faits ainsi imaginés, on les groupe dans des cadres imaginés sur le modèle d’un ensemble observé dans la réalité qu’on suppose analogue à ce qu’a dû être l’ensemble passé. C’est la seconde opération ; elle se fait au moyen d’un questionnaire, et aboutit à découper dans la masse des faits historiques des morceaux de même nature qu’on groupe ensuite entre eux jusqu’à ce que toute l’histoire du passé soit classée dans un cadre universel. 
Quand on a rangé dans ce cadre les faits extraits des documents, il y reste des lacunes […]. On essaie d’en combler quelques-unes par des raisonnements à partir des faits connus. C’est […] la troisième opération […]. 
On n’a encore qu’une masse de faits juxtaposés dans des cadres. Il faut les condenser en formules pour essayer d’en dégager les caractères généraux et les rapports. C’est la quatrième opération ; elle conduit aux conclusions dernières de l’histoire et couronne la construction historique au point de vue scientifique ».

«L’étude des sociétés du passé fait comprendre à l’élève par des exemples pratiques ce que c’est qu’une société ; elle le familiarise avec les principaux phénomènes sociaux et les différentes espèces d’usages et d’institutions qu’il ne serait guère pratique de lui montrer dans la réalité actuelle ; elle lui fait comprendre par la comparaison d’usages différents les caractères de ces usages, leur variété et leurs ressemblances. — L’étude des événements et des évolutions le familiarise avec l’idée de la transformation continuelle des choses humaines, elle le garantit de la frayeur irraisonnée des changements sociaux ; elle rectifie sa notion du progrès. — Toutes ces acquisitions rendent l’élève plus apte à participer à la vie publique ; l’histoire paraît ainsi l’enseignement indispensable dans une société démocratique »

     Introduction aux études historiques,Charles-Victor LANGLOIS et Charles SEIGNOBOS, Paris, Hachette, 1898 (réimpression de 1992), p. 186-187.
     
« Les historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant d’itinéraires qu’ils tracent à leur guise à travers le très objectif champ événementiel (lequel est divisible à l’infini et n’est pas composé d’atomes événementiels) ; aucun historien ne décrit la totalité de ce champ, car un itinéraire doit choisir et ne peut passer partout ; aucun de ces itinéraires n’est le vrai, n’est l’Histoire. Enfin, le champ événementiel ne comprend pas des sites qu’on irait visiter et qui s’appelleraient événements : un événement n’est pas un être, mais un croisement d’itinéraires possibles. […] Les événements ne sont pas des choses, des objets consistants, des substances ; ils sont un découpage que nous opérons librement dans la réalité, un agrégat de processus où agissent et pâtissent des substances en interaction, hommes et choses. Les événements n'ont pas d'unité naturelle ; on ne peut […] les découper selon leurs articulations véritables, car ils n'en ont pas »
     
    Comment on écrit l’histoire, Paul VEYNE, Paris, Seuil, 1971, p. 57-59. 
  
 Afin que l"histoire ne soit pas qu'une recollection de faits, 
 Afin d'avoir un commencement et une fin : l'enquête doit avoir une direction.
 De nombreux historiens vont s’intéresser à des thèmes de recherche originaux. 
 
 

Microstoria ou la micro-histoire

« La microhistoire (ou microstoria en italien) est un courant de recherche historiographique né en Italie, spécialisé dans l'histoire moderne, regroupé autour de la revue Quaderni Storici et développé dans les années 1970. Influencée par E. P. Thompson, la microhistoire propose aux historiens de délaisser l’étude des masses ou des classes pour s’intéresser aux individus. En suivant le fil du destin particulier d’un individu, on éclaire les caractéristiques du monde qui l’entoure. Les microhistoriens italiens prônent une réduction d’échelle, afin d’examiner les phénomènes à la loupe. La micro-histoire sociale : son objectif est de restituer la cohérence d’un univers restreint en faisant varier les angles de vue et les échelles d'observation. La micro-histoire culturelle : « paradigme de l’indice » (1986).

De l'honneur de l'histoire à la fiction :

L'enquête de la création littéraire romancée : la fiction. Permet d'écrire pleinement sur le sujet qui concilie sciences sociales et création littéraire, sur des perspectives subjectives et libérées. « L’archive contient des nuées d’histoires, d’anecdotes, et chacun aime qu’on les lui conte. Ici des milliers de destins se croisent ou s’ignorent, mettant en relief des nuées de personnages à l’étoffe de héros, au profil de Don Quichotte abandonnés. S’ils ne sont ni l’un ni l’autre, leurs aventures, toutefois, ont une couleur d’exotisme. En tout cas, pour beaucoup, le roman est possible, tandis que pour certains il est le moyen idéal de se libérer de la contrainte de la discipline, en faisant vivre l’archive. (…) On peut en effet animer, avec talent ou non, des hommes et des femmes du XVIIIe siècle, en produisant pour le lecteur de la connivence et un grand plaisir, mais il ne s’agit point de ‘faire de l’histoire’. (…) En histoire, les vies ne sont pas des romans, et pour ceux qui ont choisi l’archive comme lieu d’où peut s’écrire le passé, l’enjeu n’est pas dans la fiction. Comment expliquer, sans aucune forfanterie et sans mépris pour le roman historique, que s’il est des comptes à rendre à tant de vies oubliées, laminées par les systèmes politiques et judiciaires, c’est par l’écriture de l’histoire que cela passe. » Arlette FARGE, Le goût de l’archive, Paris,1989, p. 94-96.

La critique

Critique historique : discipline fondamentale de l'histoire qui consiste à analyser et évaluer la fiabilité des sources (textes, images, objets) pour construire un récit précis du passé, en distinguant la critique externe (authenticité, provenance du document) et la critique interne (crédibilité du contenu, intentions de l'auteur). Elle implique de confronter les informations, d'identifier les biais et les subjectivités, et de remettre chaque élément dans son contexte pour distinguer le fait historique de l'interprétation. et tendances actuelles : - Un retour en grâce de la biographie (négligée au profit de l’histoire des grands groupes humains) - Un retour en grâce de l’histoire politique (subordonnée à l’histoire économique et sociale) -> projets mercantiles, et idéologiques - D’une façon générale, un intérêt pour des domaines jusqu’alors laissés en friche (les invisibilisés, les sens [odorat, toucher], les pratiques alimentaires, etc.) L’appareil critique est une partie essentielle d’un travail d’histoire. Il présente les preuves à l’appui de la démonstration et permet ainsi de vérifier cette dernière. L’appareil critique comprend: - les notes en bas de page (« infrapaginales ») ou à la fin du travail ; - les références bibliographiques (en fin de travail) Heuristique : Partie de la science historique qui a pour objet la recherche de documents. Objectif : réunir le corpus des sources (lato sensu) permettant de traiter une question particulière « L'ignorance provoque un tel état de confusion qu'on s'accroche à n'importe quelle explication afin de se sentir un peu moins embarrassé. C'est pourquoi moins on a de connaissances, plus on a de certitudes. Il faut avoir beaucoup de connaissances et se sentir assez bien dans son âme pour oser envisager plusieurs hypothèses » (Boris Cyrulnik) Une fois la question de recherche définie et le corpus établi, vient la recherche sur la base de sources originales. Il convient de : - Ne pas juger le passé, - Ne pas y imposer ses propres convictions, - Ne pas éviter les aspects dérangeants de la vérité, - Ne pas vouloir apposer nos propres critères de valeur aux sociétés passées, éviter l’anachronisme Herméneutique : La critique d’interprétation Il s’agit de bien comprendre le sens du témoignage, ce qui suppose de comprendre la langue et la culture dans lesquelles le témoin évoluait ainsi que la représentation qu’il se faisait du monde. "La tendance naturelle est d’attribuer à un même mot le même sens partout où on le rencontre. Instinctivement on traite la langue comme un système fixe de signes. C’est en effet le caractère des signes créés exprès pour l’usage scientifique, l’algèbre, la nomenclature chimique ; là, toute expression a un sens précis, qui est unique, absolu et invariable ; elle exprime une idée analysée et définie exactement et elle n’en exprime qu’une, toujours la même, à quelque endroit qu’elle soit placée, quel que soit l’auteur qui l’emploie. Mais la langue vulgaire, dans laquelle sont écrits les documents, est une langue flottante ; chaque mot exprime une idée complexe et mal définie ; il a des sens multiples, relatifs et variables ; un même mot signifie plusieurs choses différentes ; il prend un sens différent dans un même auteur suivant les autres mots qui l’entourent ; il change de sens d’un auteur à un autre et dans le cours du temps. Vel signifie toujours ou en latin classique, il signifie et à certaines époques du Moyen Âge ; suffragium, qui veut dire suffrage en latin classique, prend au Moyen Âge le sens de secours. Il faut donc apprendre à résister à cet instinct qui nous porte à expliquer toutes les expressions d’un texte par le sens classique ou le sens habituel. L’interprétation grammaticale, fondée sur les règles générales de la langue, doit être complétée par l’interprétation historique fondée sur l’examen du cas particulier. "- Introduction aux études historiques - Critique d’interprétation (herméneutique) - ENS Éditions (openedition.org) Lors de l’interprétation des sources, l’historien doit tendre à l’objectivité, même s’il est illusoire d’être complètement objectif, ce qui suppose que l’observateur ne soit pas impliqué dans sa recherche. Il convient de faire preuve d’impartialité et d’éthique. Il s’agit de prendre de la distance par rapport à ses propres opinions et d’essayer de comprendre, non pas de faire la leçon ou la morale. La critique d'authenticité : Statut véridique ou faux d'une information. Falsification, copie (la copie permet de se mesurer dans l'art), imititations (peuvent servir à combler un manque, la falsification peut avoir le but de subvenir à ce qui n'est pas présent, et non seulement pour piéger ou s'enrichir) La critique de restitution Complétude du document Expertise La critique de compétence Cette opération vise à s’assurer du degré de compétence du témoin (ethos de classe, rendre compte d’un événement alors qu’on ne dispose pas des capacités) ou de la formation nécessaire afin de comprendre l'exactitude de l'information. "La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information." - Albert Einstein. "The greatest enemy of knowledge is not ignorance, it is the illusion of knowledge." - Stephen Hawking. La critique de sincérité Vérifie si l’auteur d’un document ou d’un témoignage est sincère ou s’il ment. (Les raisons de commettre un témoignage mensonger, ou tendancieux sont multiples : l’intérêt personnel, la propagande, la censure...) Pour déterminer quelles sont les affirmations suspectes, il faut se demander quel a pu être le but de l’auteur en général en écrivant l’ensemble du document, en particulier en rédigeant chacune des affirmations particulières qui composent le document.